EuRoman

J’ai assisté le 23 juillet à la réception de départ de l’Ambassadeur de France auprès de l’UE, alors qu’il s’apprète à prendre ses nouvelles fonctions à Berlin.Voici ce que je retiens de cette rotation à la Représentation Permanente, des participants, et du discours.

Ce ‘mouvement diplomatique’, comme on dit, est réfléchi. Il va de pair avec le retour à Bruxelles de son prédécesseur Pierre Sellal, depuis Paris où il était le plus haut fonctionnaire des affaires étrangères. Le sherpa de François Hollande pour l’UE est Phillipe Léglise Costa, également ancien de la RP à Bruxelles. Le Secrétariat Général aux Affaires Européennes est également peuplé de professionels. Et son ancienne numéro 2, Anne-Laure de Coincy, est maintenant numéro 2… à la même Ambassade de Berlin.

On observe une continuité similaire du coté allemand pour les affaires européennes. Et un intéret accru des grands diplomates pour Berlin, qui relève autant des politiques européennes que des relations bilatérales. Est-ce ‘la vraie capitale de l’Europe’, comme certains le disent en privé? C’est plus compliqué”, pour une autre fois… En tout, cas, les voix françaises restent écoutées à Berlin.

La coordination du triangle Bruxelles / Paris / Berlin pourrait donc être encore renforcée, ce dont l’UE peut se réjouir. En tout cas à ce niveau là, car au niveau ministériel, les affaires européennes restent le siège éjectable du gouvernment français: bonne chance à Harlem Désir… Je me souviens de la prudence de son prédécesseur, lors de l’ inauguration des nouveaux bureaux d’EurActiv France, pour éviter de dire la phrase qui fâcherait en haut lieu. Lors de ce même évenement, j’acceuillais notamment Elisabeth Guigou, ancienne ministre des affaire européennes, ancienne conseillère Europe de F. Mitterrand, qui avait bien aidé la Commission et l’association AEGEE-Europe lors du lancement de ERASMUS en 1988. Là aussi, quelle continuité!

Mais plutôt que de revèler mon âge, revenons à la réception autour de Philippe Etienne. J’y ai remarqué de très nombreux hauts fonctionnaires, ainsi que les Commissaires Barnier, Sefcovic, et Reicherts (provisoire pour le Luxembourg, entre V. Reding et JC Juncker). Ainsi que l’ambassadeur russe: les ponts restent ouverts!

Philippe Etienne m’a aimablement envoyé son discours, que j’héberge sur mon blog dès maintenant. En attendant une interview sur le contexte franco-allemand du renouvellement des institutions UE. Interview dont le principe est convenu pour la rentrée avec l’éditeur d’EurActiv.com (pour republication, bien entendu, sur EurActiv.de et EurActiv.fr.)

Ce que je retiens du discours lui-même?

Au delà des formules nécessaires, une recherche littéraire et historique bien française, et appréciée. Par exemple en citant, durant la guerre civile en Ukraine, la révolte de Jules Romains en 1915 :

« Europe, je n’accepte pas

que tu meures dans ce délire

Europe, je crie qui tu es

Dans l’oreille de tes tueurs »

Je note aussi une véritable émotion en disant ce plaidoyer pour les engagés de l’Europe. Philippe Etienne cite d’abord Jean Monnet « Rien n’est possible sans les hommes, rien n’est durable sans les institutions ». Puis il ajoute:

“Je voudrais aussi remercier du fond du cœur mes collègues représentants permanents, les conseillers Antici et les fonctionnaires du Secrétariat général du Conseil, artisans d’une alchimie interculturelle fascinante dont nous sommes les témoins dans chaque négociation entre les Etats membres, la plus technique comme la plus politique.”

Mon point de vue? Non, l’UE n’est pas faite uniquement par des eurocrates, soit-disant sans coeur (idem pour les énarques). On peut même quitter Bruxelles, ou les institutions, pour essayer d’améliorer l’Europe.

@LeclercqEU

 

—————————————————————————————————-

Discours de M. Philippe ETIENNE,
Ambassadeur, Représentant permanent de la France
auprès de l’Union européenne

à l’occasion de sa réception de départ
mercredi 23 juillet 2014

Messieurs les Commissaires,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Madame et Messieurs les Secrétaires généraux,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Chers collègues,

 

Aujourd’hui est un jour de deuil national dans l’un de nos Etats membres et je souhaite partager ici avec vous une pensée pour nos amis néerlandais et tous ceux qui ont perdu l’un des leurs dans l’avion abattu jeudi dernier au-dessus de l’Ukraine orientale.

Je vous remercie beaucoup d’être présents ce soir malgré une date peu favorable. Je ressens une grande émotion au moment de quitter des collègues que j’apprécie tant ; de penser à tout ce qui s’est produit pendant ces cinq ans et demi ; de penser aussi à l’enjeu aujourd’hui pour l’Union européenne que vous avez Monsieur le Commissaire résumé dans le titre de votre dernier livre : « Se reposer ou être libre ».

A la fin du mois de juin à Ypres puis à Bruxelles, à l’initiative du Président Van Rompuy, nos chefs d’Etat et de gouvernement ont commémoré le centenaire de la grande guerre, avant d’adopter le programme stratégique de l’Union européenne pour les 5 ans à venir.

Ce lien entre le passé et l’avenir me parait très important et très fructueux aussi. Rappelons-nous la révolte de Jules Romains en 1915 :

 

« Europe, je n’accepte pas

que tu meures dans ce délire

Europe, je crie qui tu es

Dans l’oreille de tes tueurs »

 

Le grand historien Jacques Le Goff a bien décrit ce lien, au point d’en arriver au projet politique : « Quant à l’Histoire, elle permet de faire de l’Europe autre chose qu’un espace de libre échange. Une communauté culturelle qui vient de loin, s’est lentement constituée. L’Europe n’est pas vieille, elle est ancienne. Et l’ancienneté bien utilisée est un atout pour construire l’Europe ».

Pardonnez-moi cette digression sur le rapport à l’Histoire de la construction européenne mais peut-être faudrait-il l’expliquer davantage aux jeunes générations au moment où, dans tant de régions du monde, l’instabilité s’accroit et nous rappelle combien la défense de nos valeurs et de notre sécurité est une priorité commune à tous les Etats membres de l’Union européenne.

Je suis fier que mon pays ait été parmi les initiateurs des conclusions du Conseil européen de décembre 2013 sur l’Europe de la défense, de même qu’il a joué un rôle central dans les décisions majeures qui ont jalonné la sortie de crise de la zone euro, l’union bancaire en dernier lieu.

La France, pays fondateur de l’Union, a toujours été et va rester, j’en suis convaincu, à la pointe des initiatives pour faire avancer l’Europe d’une manière qui réponde aux attentes et aux besoins de nos concitoyens.

Mais cela n’est possible que par un travail d’équipe.

Je voudrais vous dire à cet égard combien, en trois séjours et plus de treize ans à la représentation permanente de la France, j’ai appris à respecter et à apprécier nos institutions communes, qui ont en charge l’intérêt général des Européens et avec lesquelles j’ai eu l’honneur de travailler, ici à Bruxelles, à Strasbourg et à Luxembourg.

Ces institutions ne seraient pas ce qu’elles sont sans les femmes et les hommes qui les nourrissent de leur travail quotidien et de leur enthousiasme : « Rien n’est possible sans les hommes, rien n’est durable sans les institutions », disait Jean Monnet.

Je voudrais remercier nos collègues de la Commission européenne, qui est au cœur de notre projet commun. Merci de votre disponibilité, de votre sens de l’écoute, de votre capacité à faire la synthèse des réalités diverses de notre Union pour préparer les solutions les plus constructives.

Ce fut un très grand privilège pour moi de travailler avec les élus européens et toutes les équipes du Parlement. J’ai admiré chez nos députés ce mélange unique d’ambition pour un projet politique, d’engagement européen, d’attachement à leur pays et de compétence sur des sujets ardus.

Je voudrais aussi remercier du fond du cœur mes collègues représentants permanents, les conseillers Antici et les fonctionnaires du Secrétariat général du Conseil, artisans d’une alchimie interculturelle fascinante dont nous sommes les témoins dans chaque négociation entre les Etats membres, la plus technique comme la plus politique.

La création du service européen d’action extérieure a été et reste une grande aventure. J’ai eu la chance de l’observer et je peux en toute conscience féliciter celles et ceux qui ont su le développer.

Il ne m’est pas possible de citer tous ceux qui sont présents. Je voudrais remercier de leur confiance et de leur amitié les ambassadeurs des pays accrédités auprès de l’Union européenne. Les journalistes. Les chercheurs. Les représentants des régions et des entreprises françaises.

A toutes et à tous, je souhaite beaucoup de bonheur, beaucoup de réussite aussi dans le développement des projets qui, ces prochaines années, nous permettront de retrouver de la croissance, de donner des emplois aux jeunes Européens, de réussir la transition énergétique et de lutter efficacement contre le changement climatique, de trouver le bon équilibre entre libre circulation et gestion de notre frontière extérieure comme entre droits fondamentaux et sécurité, bref de permettre que l’Union reste un grand projet mobilisateur et citoyen. Merci de votre attention !

Tweet about this on TwitterShare on Facebook0Share on Google+0Share on LinkedIn0
Author :
Print

Leave a Reply