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Rudi Vervoort est le Ministre-président de la Région bruxelloise. Il répond aux questions de Christophe Leclercq, fondateur de EurActiv.

Vous avez participé à la session finale du Plan Marnix. Que nous apportent les idées lancées ici ?

Rien que le fait d’avoir organisé cette session et de rassembler à la table les ministres compétents des deux communautés responsables de l’enseignement à Bruxelles, c’est déjà une très bonne chose. Je retiens sans doute une idée qui émerge petit à petit : la région aura demain un rôle de coordination à jouer dans cette matière-là. C’est sans doute le niveau du pouvoir le mieux placé pour définir les besoins, les priorités et les enjeux pour Bruxelles.

Nous connaissons particulièrement bien les milieux européens et nous remarquons un besoin criant de personnel qui parle bien l’anglais. J’ai remarqué que les représentants néerlandophones insistaient sur des écoles trilingues, et pas seulement bilingues. Qu’en pensez-vous ?

Oui, je pense que cela fait sans doute partie de leur passé. Au niveau néerlandophone, l’approche de l’anglais existe sans doute depuis plus longtemps que du côté francophone.

Les francophones pensent que parler français et flamand, c’est une bonne chose. Ils ont raison, il faut avoir cette idée ambitieuse, surtout dans une région comme Bruxelles. La connaissance d’une troisième voire une quatrième langue est un avantage supplémentaire.

De plus, c’est un objectif à viser pour trouver un emploi et diminuer le taux de chômage à Bruxelles. Il faut que les Bruxellois en bénéficient. Il y a également des réalités sociologiques à prendre en compte.

Justement, pour une personne arabophone qui a appris le français parce que c’est la lingua franca,cela n’est-il pas préférable d’apprendre l’anglais ou le néerlandais ?

Tout dépend de ce que l’on veut faire dans la vie. Si l’on veut travailler dans les émirats comme ingénieur et que l’on connaît le français, l’anglais et l’arabe, il n’y a aucun problème.

Mais ici, à Bruxelles, le néerlandais reste incontournable. J’ai des amis qui apprennent le chinois. C’est un peu la cerise sur le gâteau. Quand on a un niveau d’études élevé, les langues peuvent être un plus. Quand on a un niveau d’études plutôt bas, les langues sont indispensables. Quelqu’un qui n’a pas suivi beaucoup d’études, mais qui est bilingue ou trilingue, va plus facilement trouver un emploi.

Le problème aujourd’hui, c’est le manque de scolarisation et de connaissances des langues. Ce sont les deux fatalités que nous devrons combattre.

En Belgique, les non-Belges n’ont pas le droit de voter aux élections régionales et fédérales. Les politiciens ont toujours dit qu’ils y étaient favorables. Est-il temps d’introduire ce droit de vote ?

C’est une décision qui ne dépend pas du pouvoir régional. Les autorités fédérales ont la compétence pour déterminer le niveau de vote.

Je suis pour que les personnes qui vivent ici puissent voter aux élections européennes après avoir vécu en Belgique depuis cinq ans. Je n’ai pas d’autre avis.

Je constate qu’à l’échelle locale, la frustration est grande quand on voit les faibles taux de participation. Il y a encore du pain sur la planche pour motiver ces Européens à s’approprier la ville dans laquelle ils vivent. Mais dès que ce constat est fait, le droit de vote de ces communautés devient incontournable.

L’enseignement en anglais peut peut-être favoriser cette intégration. Beaucoup d’enfants de parents « eurocrates » ne fréquentent pas d’école belge parce que le niveau d’anglais est insuffisant.

Oui, bien sûr. Bruxelles offre énormément de possibilités. Certaines écoles sont en effet bilingues et favorisent cela. Ici on parle surtout du système général. L’enjeu aujourd’hui, c’est dire que Bruxelles a besoin d’écoles dans lesquelles les élèves apprennent bien les langues. Parce que c’est une ville ouverte, une capitale internationale. Nous devrons travailler sur ce point, ici et maintenant.

Qualifier certaines écoles du réseau francophone de « baccalauréat européen » est-il une solution ?

En ce moment, nous nous demandons seulement comment préserver notre cohérence, c’est déjà le cas entre les Flamands et les francophones. Les régions émergent de plus en plus dans la société belge. Au niveau européen, les écarts sont énormes. Maintenir la cohérence ici, à Bruxelles, c’est déjà un gros travail.

 

[UPDATE – ENGLISH]: On Wednesday 23 October, we published an article on EurActiv.com, based on the interviews above. Read the article via this link: English should be Brussels’ official language, Flemish minister says

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