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Julie de Groote est chef de groupe au Parlement de la Communauté française à Bruxelles. Elle est l’ancienne présidente du parlement de la Commission communautaire française (COCOF) et membre du parti chrétien-démocrate CdH. Elle répond aux questions de Christophe Leclercq, fondateur de EurActiv.

Que pensez-vous du Plan Marnix ?

Je pense que le bilinguisme et le multilinguisme sont vraiment devenus une préoccupation urgente de la société civile, des acteurs de l’enseignement et des acteurs politiques. Cette idée n’est pas neuve. Nous remarquons une conjonction entre ce mouvement de la société civile porté par Philippe Van Parijs (le Plan Marnix), les acteurs de l’enseignement et le discours politique.

Le discours politique est radicalement différent. En Belgique, l’aspect communautaire est toujours présent. Pourtant, nous constatons aujourd’hui l’émergence d’une identité forte, en particulier à Bruxelles. Le ministre-président bruxellois, Rudi Vervoort, s’est d’ailleurs clairement affirmé comme régionaliste, y compris dans une matière communautaire : l’emploi des langues.

Cette conjonction réunit les demandes très fortes de la société civile et d’un homme politique, peut-être décomplexé, qui affirme qu’il en fait sa priorité lors des prochaines élections.

J’ai remarqué que parmi les intervenants, les deux seuls qui ont fortement parlé d’un enseignement trilingue (néerlandais, français, anglais), et pas seulement bilingue, étaient les deux intervenants néerlandophones. Cela veut-il dire que les francophones n’y sont pas favorables ?

Non, pas du tout. Mais quand nous parlons des non-Belges à Bruxelles, nous insistons d’abord sur la réalité sociologique bruxelloise. C’est-à-dire que la langue maternelle d’un enfant sur deux n’est pas l’une des langues nationales. Il ne s’agit pas principalement des langues européennes, mais plutôt de l’arabe, du turc et d’autres dialectes.

Ils acquièrent souvent la nationalité belge. Ce sont donc des électeurs. Je comprends bien que les partis belges veulent approcher cet électorat.

Non, ce n’est pas une question électorale. C’est vraiment une réalité sociologique très forte à Bruxelles. Le point de départ d’un enfant à Bruxelles est souvent une autre langue que les langues d’apprentissage à Bruxelles, le néerlandais et le français.

Les enfants qui viennent d’un milieu multilingue ne devraient-ils pas apprendre le français comme lingua franca et l’anglais comme langue professionnelle, plutôt que le néerlandais ?

Je ne me risquerais pas à dire qu’il vaut mieux apprendre l’anglais que le néerlandais. Je pense que c’est une richesse, mais il faut faire attention à ne pas « enfermer » ces enfants dans la richesse de parler turc ou arabe à la maison.

Le véritable défi, c’est de connaître la langue scolaire. Ce sont justement ces enfants et leurs parents qui en sont conscients les premiers. Nous insistons parfois sur la richesse de ces enfants, car ils parlent une autre langue à la maison. Mais ceux qui se trouvent dans cette situation-là se rendent compte du défi de connaître la langue d’apprentissage.

En ce qui concerne l’anglais versus le néerlandais, je pense vraiment qu’il y a une forte émergence bruxelloise, dans laquelle le bilinguisme français-néerlandais est central. Cela nous montre la direction dans laquelle nous allons, en fait.

Mais dans cette dimension régionale, la communauté européenne n’est pas intégrée, notamment parce qu’elle n’a pas le droit de vote. Si l’on pose la question à des personnalités politiques belges, elles disent chaque fois qu’elles y sont favorables, mais qu’il sera difficile d’accorder le droit de vote. Qu’en pensez-vous ?

Je suis favorable, mais je ne pense pas que ce sera compliqué.

Que faut-il faire alors ?

Il faut changer le droit de vote au niveau fédéral, mais je ne pense pas que cette idée serait du goût de tout le monde.

Vous ne pensez pas que les néerlandophones seraient favorables ?

J’en suis même persuadée. J’ai pourtant entendu deux personnalités politiques néerlandophones qui étaient favorables à l’enseignement trilingue. Mais Pascal Smet [le ministre flamand de l’Enseignement] a dit qu’il avait obtenu l’autorisation de lancer des écoles d’immersion en 2014 de haute lutte de la N-VA, partenaire dans le gouvernement flamand. Voilà la réalité.

 

[UPDATE – ENGLISH]: On Wednesday 23 October, we published an article on EurActiv.com, based on the interviews above. Read the article via this link: English should be Brussels’ official language, Flemish minister says

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