EuRoman

Les directeurs de communication ou de campagne de quatre partis étaient présents à la conférence EuroPCom le 16 octobre : le PPE, le PSE, l’ADLE et les Verts. J’y participais également en tant que modérateur. Malgré l’euroscepticisme dans les pays et un certain cynisme à Bruxelles, j’ai quitté le bâtiment Jacques Delors plutôt rassuré : oui, cette campagne peut faire la différence.

Le changement principal ne réside pas dans les médias utilisés, contrairement à l’idée reçue. Les médias en ligne existent depuis trois mandats. Facebook a fait beaucoup parler de lui la dernière fois. Twitter est une nouvelle manière de toucher les sphères publiques existantes, mais il ne brise pas de frontières en soi.

Non, deux choses pourraient accroître la dynamique et le taux de participation :

– comprendre qu’il s’agit d’une crise pour l’Europe, ce qui déclencherait un grand débat sur plus ou moins d’Europe et quelle Europe.

– et surtout : une réelle concurrence pour les hautes fonctions. En d’autres termes, le leadership dont nous avons besoin pour l’Europe.

A. Des campagnes « personnalisées », qui se concentrent sur les candidats à la présidence de la Commission

Bien sûr, j’entends d’ici les lamentations sur les tentatives précédentes. Dans le meilleur des cas, les manifestes des partis guideront les programmes nationaux. Les nominations auront lieu tard, les débats présidentiels commenceront donc plus tard. Il ne reste donc que trois mois de campagne réelle. Avec des candidats qui ne sont pas universellement connus* et aucun espace public européen pour le moment, contrairement aux primaires et aux élections américaines. Et, oui, les dernières semaines de campagne, les plus importantes, seront nationales.

Toutefois, c’est la première fois dans l’histoire de l’UE que les partis arboreront des couleurs ET des visages. Les débats présidentiels devraient réellement attirer l’attention. La combinaison émissions de télévision + commentateurs + médias sociaux pourrait faire la différence, si elle est correctement relayée à l’échelle nationale. Ce qui est probable étant donné la couverture médiatique accrue des politiques européennes, même si elle est très critique.

Tous les partis ne présenteront pas de candidats à la présidence de la Commission, parce qu’ils sont propres à un pays ou qu’ils s’opposent au système. Ils se plaindront des débats présidentiels. Mais passons. Discutons ouvertement de qui veut diriger, et de qui ne le souhaite pas **.

Laurent Thieule du Comité Des Régions s’est fait l’écho d’Herman Van Rompuy et a posé une bonne question : que se passera-t-il si le Conseil « tient compte » de la composition du PE, mais ne choisit pas la personne soumise aux électeurs ? Ma réponse : ce sera l’occasion de démontrer la force du PE, et particulièrement du groupe le plus important. Et bien sûr, un compromis devrait se dégager, pas avec un « shutdown » à l’américaine. Il importe donc d’impliquer aussi les chefs de gouvernement dans la procédure de nomination, comme le PPE envisage de le faire…

 

B. Les partis traditionnels conviennent des principes, mais divergent sur les procédures de nomination

Sur l’estrade d’EuroPCom, j’ai remarqué un haut niveau de convergence : la désignation des candidats à une haute fonction n’est plus remise en doute. Des directeurs de campagne discutent de manière pratique des comparateurs de programmes, des étapes de la confrontation entre candidats, etc. Sous réserve de scoops et de surprises, surtout au niveau national, les outils de campagne ne semblent pas bien différents.

La différence réside dans les procédures de nomination censées légitimer les candidats. L’innovation et la probabilité de diriger l’exécutif européen sont probablement inversement proportionnelles :

 

1. Les Verts sont les plus innovants. Ils auront deux codirigeants, dont une femme (probablement la seule si les rumeurs au sein des autres partis sont fondées). Ils auront de vraies primaires, ouvertes aux électeurs non membres et en ligne. Rappelons que les primaires ont presque permis au Parti Socialiste français de battre Sarkozy en 2007 et ensuite de lui succéder en 2012. Candidatures jusqu’au 20 octobre, résultats le 29 janvier et congrès officiel du 21 au 23 février. Plus d’infos : @JHillje

2. ADLE, les libéraux et démocrates. Ils ont dévoilé leur procédure juste à temps pour notre conférence ! Ils organiseront leur évènement principal à Londres. La ville eurosceptique leur permettrait de bénéficier d’une couverture médiatique maximale. Candidatures ouvertes du 30 novembre au 20 décembre. Les dirigeants de parti se réunissent un jour avant la date butoir, attendez-vous à des nouveautés à ce moment-là… Congrès électoral officiel le 1er février à Bruxelles. Plus d’infos : @DdeSchaetzen

3. Le Parti socialiste européen ne parle plus de primaires, mais de « primaires internes ». Ce changement reflète la procédure de nomination habituelle du parti, à l’aide d’un congrès réunissant des représentants. Les socialistes croient en des débats ouverts. Les syndicats sont leurs alliés naturels, ce qui a permis de lancer l’une des deux initiatives citoyennes réussies jusqu’à présent. Le candidat sera probablement Martin Schulz, le président du Parlement : il n’y a donc plus de suspens. La lutte ne sera certainement pas acharnée malgré la déclaration de Jacques Delors à propos de Pascal Lamy. Je pense que le SPD et le PS discuteront à l’avance pour éviter une situation « France contre Allemagne ». Candidatures ouvertes jusqu’au 31 octobre, primaires en janvier et conclusions du congrès en février. Plus d’infos : @kingboru

4. Le Parti populaire européen est le plus conservateur. Il est au pouvoir dans plus de pays que les autres partis, notamment l’Allemagne, et il a le plus grand groupe au Parlement européen. La procédure de nomination est classique et s’appuie sur les dirigeants nationaux dans les organes européens. Le point culminant sera le congrès à Dublin les 6 et 7 mars. Cela exprime une certaine crédibilité plutôt que de l’innovation. Le choix reste pourtant largement ouvert et se concentrera sur des personnalités politiques avec une expérience dans la gestion d’un pays ou d’un organisme international. Plus d’infos : @AnttiTimonen (groupe) ou @eppspokesman (parti)

 

C. Bonne nouvelle : les nominations arrivent tard, mais presque simultanément, environ 5 débats présidentiels

Entre les Verts fin janvier et le PPE début mars : tous les résultats des nominations seront dévoilés en six semaines. Tous les partis passeront alors d’une précampagne à des campagnes européennes actives. Et ensuite, à des campagnes nationales comme d’habitude.

Cela permettra de prévoir plusieurs débats publics entre les candidats. Dans l’espoir de répliquer quelque peu la dynamique des campagnes présidentielles nationales, comme en France ou aux États-Unis.

Le Comité Des Régions prend le risque d’organiser le premier débat à Athènes, le lendemain de la désignation du candidat du PPE à Dublin. Un autre débat sera orienté vers la télévision, ce qui est essentiel. Un ou deux autres projets sont en cours d’élaboration, notamment en optimisant les médias sociaux. EurActiv pourrait prendre quelques initiatives, étant donné le nombre élevé de journalistes qui lisent ce média présent dans 15 pays.

Donc, en bref :

oui, cette campagne sera intéressante à suivre

et pourrait impliquer les citoyens européens.

 

#LeclercqEU

 

Article EurActiv pertinent, 21 octobre: Les partis européens en ordre de bataille pour désigner leurs candidats

 

* Mon grain de sel personnel : au lieu d’avoir des candidats uniques, je recommanderais des « tickets à 4 ». À savoir une équipe de candidats pour les 4 hautes fonctions, chacune emmenée par un candidat à la présidence de la Commission. Cela faciliterait l’équilibre entre les genres, l’âge, le nord et le sud, l’est et l’ouest. Cela augmentera également la disponibilité des candidats lors de la campagne, les opportunités de photos, les débats sur des sujets spécialisés et la portée linguistique. Et surtout, cela permettrait à chaque parti de participer aux négociations afin que « chacun obtienne quelque chose ». Plus d’infos si vous êtes intéressés…

** Note : ce billet est composé de points personnels et ne constitue pas un résumé en tant que modérateur de la conférence. Je regrette qu’aucune femme ne fût présente sur l’estrade. Cette campagne du PE comportera également de nombreux partis « non traditionnels », qu’ils soient eurosceptiques, populistes ou non. Même s’ils ne présentent pas de candidats aux hautes fonctions, ils devraient bien sûr être entendus et perçus comme tous les autres.

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