EuRoman

Le week-end dernier, j’ai participé au Sommet de la Francophonie de Montreux, et écrit cet article général. J’ai aussi rencontré plusieurs personnes des Antilles et de Louisiane, assisté à une conférence sur Haïti, et interviewé la patronne de la chaîne TV5.

D’habitude, je ne suis pas un ‘fan’ des cercles diplomatique et des grandes déclarations, avec beaucoup de protocole (certes efficace grâce à l’organisation suisse). Certains discours étaient longs, et quelques dirigeants ne semblaient pas pratiquer le français très souvent….

Mais j’ai été enthousiasmé par l’ambiance de la salle de presse. Ce qui m’a le plus apporté, ce sont les échanges informels avec des journalistes africains, conscients de leurs limites politiques, mais francs en privé. La conférence annexe sur Haïti, avec un groupe de jeunes chanteurs, a aussi démontré la vitalité de ce peuple.

Mon moment le plus insolite? Assis pour la cérémonie d’ouverture, parmi les délégués (je confesse avoir abandonné le ‘pool média’), je me retourne et converse avec une délégation…américaine! Ou plus exactement acadienne, c’est à dire ‘Cajun’ de Louisiane. C’est comme si le dix-huitième siècle s’invitait soudainement au vingt-et-unième…

Ce peuple a un créole savoureux, également par écrit sur ce site web. Goûtez donc à cette phrase (on comprend seulement en lisant à voix haute): “Konséy pou Dévelopmen di françé en Lwizyàn té kréé dan 1968 avèk un akt passé dan léjislatchur léta. Ça té fé pou prézèrver le moun frankopal de la Lwizyàn – le moun ki tapé déjà parlé françé.”

Un peu plus loin, de l’autre coté du Golfe du Mexique, on connait mieux les créoles de Martinique, Guadeloupe, Haiti etc, qui ne sont pas en danger. Ce que l’on sait moins, c’est que des îles ‘anglaises’ ont aussi leur patois d’origine francophone, suite aux ‘migrations forcées’ du dix-neuvième siècle. A Trinidad, j’ai entendu parmi les derniers pratiquants du créole français, dont restent de nombreuses traces dans le patois anglais (un restaurant typique de Port of Spain s’appelle ‘veni mangè’).

Espérons que le créole et le français de Louisiane ne subiront pas le même sort, grâce à des ‘piqures d’entretien’ de français d’outre-mer. Des professeurs africains enseignent le français en Louisiane: intéressant retour de l’histoire… Marie-Christine Saragosse de TV5 m’a dit que 360 000 foyers payent son abonnement payant aux Etats-Unis, donc environ un million de téléspectateurs américains effectifs: il y a de l’espoir, même au cœur de l’Empire…

Vive le multilinguisme!

Christophe Leclercq

Comme mes interlocuteurs de Louisiane ont répondu à mes questions par courriel trop tard pour être cités dans mon article, voir ici la carte et l’histoire de leur peuplement ,

et voyez ci-dessous ce qu’ils m’ont envoyés.

Question:
Quelle est l’influence de la langue française aux Etats-Unis? Au delà de l’histoire francaise avant la cession de la Louisiane, quelle en sont les principaux facteurs de maintien?

Monsieur Leclercq, voici quelques observations personnelles en réponse à votre question:

L’influence du français reste considérable aux Etats-Unis, même si la Louisiane est le seul Etat où les cours de français restent plus nombreux que les cours d’espagnol dans les écoles. Depuis une vingtaine d’années, l’enseignement du français par l’immersion a redonné des couleurs à l’apprentissage de la langue de Molière. Des milliers de jeunes Louisianais et Américains parlent couramment le français et se rendent chaque été au Canada pour y participer à des “camps” d’immersion totale.

Dans le sud de la Louisiane, le renforcement des liens entre communautés acadiennes du Canada et de Louisiane depuis l’avènement du Congrès Mondial Acadien en 1994 ( cette “grand-messe des Acadies” se déroule tous les cinq ans dans les Provinces Maritimes de l’est du Canada ou en Louisiane) crée un véritable engouement pour la langue, la musique et les traditions de ces Français qui s’étaient établis en Nouvelle-Ecosse au 17e siècle, même parmi les jeunes. Le sud de la Louisiane accueillera des milliers de représentants de la diaspora acadienne des Etats-Unis, du Canada, et de France en octobre 2011 pour une série de manifestations de 10 jours appelée Le Grand Réveil Acadien.

TV-5-USA et ses outils pédagogiques viennent compléter ce tableau encourageant pour la survie du français aux Etats-Unis.
Philippe GUSTIN
Le Centre International

Et voici quelques éléments de contexte, dans une autre langue…:

The Cajuns of today strongly identify with their with their French forebearers who settled in Acadie-now Nova Scotia-in 1604. Deported from their homelands in 1755- which at that time was governed by the British-the Acadians suffered hearbreaking losses, with about 1/3 of the entire population dying. After emigrating to La. in 1765, they fought to maintain their identiy in a hostile and difficult environment. Even though they were the victims of the first ethniic cleansing in North America, this oppression by the British could not destroy these resiliant people. Eventtually, La. provided the Acadians -Cajun is the slang English word for Acadiens- with the opportunity to maintain their cultural identity. They were supported by the Spanish- who owned La. from1763-1800- who generously gave them land grants in South La. Where today over 500,000 descendants live in an area officially called Acadiana which is the most culturally diverse region in the U.S. Today, we have 32 schools in the state that teach French Immersion; our hope for the future of French in La. Lafayette is the largest city in the region and is considered the French Capitol of La.

Vivre l’Acadie! Vivre Louisiane! Vivre la francophonie!

Warren Perrin
Président, Codofil
(Conseil pour le Développement du Français en Louisiane)

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